21déc.

Le regard de Yann Prouillet sur le Centenaire de la grande guerre

A l’échelle de la France, des centaines d’ouvrages ont été consacrées à La Grande Guerre. Avec la double casquette d’historien et d’éditeur, quel regard portez-vous sur cette production éditoriale ?

Yann Prouillet : Il est indéniable que le centenaire a provoqué une appropriation massive et de thématiques larges par les auteurs et donc les éditeurs. Cela a permis la publication d’études plus pointues ou techniques. Le centenaire a aussi favorisé l’intérêt par les collectivités, des universités ou des associations, et la tenue de colloques qui tous ont fait avancer la connaissance de la Grande Guerre dans des sujets parfois confidentiels mais qui manquaient dans l’historiographie. C’est le cas pour les Vosges avec le 1er colloque sur la Guerre de Montagne réalisé en 2015.

Est-ce un effet « d’aubaine » ou le témoignage d’un intérêt profond et durable pour cette période de notre histoire ?

Y. P. : L’un ne va pas sans l’autre et la Grande Guerre est un conflit universaliste et de ciment national. Chaque famille française, dans sa généalogie, a un poilu qui l’a faite, c’est donc une période sur laquelle on tombe systématiquement quand on se penche sur ses racines. Comme cette guerre a été la plus photographiée et la plus documentée et qu’en plus nombre de témoignages permettent de contextualiser, même par procuration, le parcours de l’aïeul, elle ne fait pas seulement qu’intéresser les gens, elle fascine.

 Les éditions Edhisto ont contribué à alimenter la librairie du centenaire. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les livres inscrits à votre catalogue ?

Y. P : Edhisto est le prolongement éditorial d’une démarche historiographique initiée dès le milieu des années 90 par Jean-Claude Fombaron et moi-même. Nos travaux ont permis de construire l’analyse profonde, y compris sociale de la Grande Guerre des Vosgiens et d’en construire les éléments de langage. Les recherches ont par exemple porté sur la publication systématique des témoignages de civil(e)s, dont celui, pionnier de Clémence Martin-Froment, qui a permis pour 1ère fois en France de traiter de l’épuration de la « collaboration » de la 1ère Guerre mondiale. Sur ce paradigme, la publication de la thèse référentielle d’Anne Peroz sur les civils Vosgiens a été elle aussi la première analyse de ce type publiée à l’échelon d’un département. Elle a permis de surcroît de valoriser l’extrême richesse des fonds 14-18 des Archives Départementales des Vosges pour l’Histoire sociale. Plus récemment le témoignage d’Alfred Guédeney a permis de faire découvrir un « officier-type » de la « revanche », né après 1870. Enfin, Edhisto est, dans sa branche diffusion, également en veille éditoriale pour « rapatrier » et faire connaître dans les Vosges des documents, souvent exceptionnels, publiés parfois loin du département ou de tirages confidentiels ou familiaux. C’est le cas de Reviens-vite de Marie Favre qui nous a permis pour la première fois d’obtenir le témoignage d’une famille d’industriels vosgien, les Cuny-Boucher, milieu traditionnellement très hermétique.

Vous êtes également une des chevilles ouvrières des sentiers de mémoire aménagés sur les champs de batailles vosgiens. Pouvez-vous expliquer en quelques mots votre démarche, dresser un rapide bilan des équipements mémoriels existants dans le département et sur ceux éventuellement à venir ?

Y.P : Je me dois ici de rappeler que nous sommes, avec le Département des Vosges, à l’origine du Pôle d’Excellence Rurale Vosges 14-18 qui a permis, dès 2011 l’équipement du massif en aménagements multiples pour le Tourisme de Mémoire. Tous les travaux effectués, de La Chapelotte au Hartmannswillerkopf, ont fait l’objet en amont d’audits de sécurité et de patrimoine, avant d’en tracer les parcours sécurisés. En tout, ce sont plus de 250 kilomètres de sentiers qui ont été panneautés et qui permettent de « marcher intelligent », c’est-à-dire comprendre les traces visibles, incarner des personnages qui y ont vécu et d’en expliquer l’histoire intime. Tous les publics sont ainsi touchés, y compris pour les personnes qui jusqu’alors ne pouvaient pratiquer dans les Vosges du fait de leur caractère montagneux. Le dernier sentier réalisé par la branche bureau d’Etudes Edhisto devrait être bientôt inauguré sur le col-mémoire de La Chipotte mais d’autres sites vosgiens, comme le col ferroviaire de Prayé, la Cote 607 à Lusse ou la nécropole des Tiges et ses alentours, à Saint-Dié-des-Vosges, mériteraient aussi des aménagements mémoriels.  

La guerre dans les Vosges en video 

En savoir plus : www.edhisto.eu

 

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